Jean-Marie MASSE

(Batteur et animateur de radio)


(Jean-Marie Masse, à la batterrie, est ici avec Gabriel Garvanoff, p, René Franc, cl, et Ricardo Galeazzi, b)

 

                        Né à Limoges (France) le 22 mai 1921

 

                        Décédé à Limoges (France) le 17 octobre 2015

 

                        Fils d’un ingénieur hydraulique à la ville de Limoges et petit-fils d’un immigré italien, enfant, il prend des leçons de piano mais ça l’ennuie. Une année, pour Noël, il reçoit une petite batterie, et là il est enthousiasmé. Il se met à taper dessus jusqu’à ce qu’au bout de quelques semaines il l’ait mise en miettes. Dans sa famille on apprécie la musique. Son père joue un peu de violon. On l’amène un jour voir un opéra, mais il s’y ennuie prodigieusement et s’enfuie rapidement. Ses parents ne le retrouvent qu’à la sortie. Après ses études secondaires, passionné par le dessin et la peinture, il prend des leçons avec le peintre Pierre PAROT. Participant à des cours collectifs, il fait la connaissance d’un autre élève, Jean RIVET, qui deviendra un bon aquarelliste, mais surtout un pianiste et organiste de talent. Celui-ci l’initie à certains aspects de la technique musicale et lui donne même quelques leçons d’harmonie. C’est au printemps de 1938 qu’il découvre le jazz en écoutant avec plaisir à la radio les orchestres de variétés à la mode tels que ceux de Jack HYLTON ou Ray VENTURA. Un jour, il entend sur Radio Limoges un des premiers, si ce n’est le premier, amateurs de jazz limousin, Roger BLANC, présenter un orchestre qui lui plait. C’est celui de Willie LEWIS. Peu après, se trouvant dans le magasin d’un disquaire de la ville, il écoute un disque de ses orchestres favoris, lorsque Roger Blanc entre et engage la conversation. Il lui explique que ce qu’il écoute n’est pas le vrai jazz et lui conseille de lire « Le Jazz Hot », le premier livre écrit par Hugues PANASSIÉ. Il lui propose même de lui prêter et l’invite à venir chez lui écouter des disques. D’un seul coup, il découvre : « Fats WALLER, Duke ELLINGTON, Louis ARMSTRONG et « Organ grinder’s swing » par l’orchestre de Jimmie LUNCEFORD. Il commence aussitôt à acheter des disques de jazz et lit en une nuit le livre de Panassié. Durant les années 1938 et 1939, il achète tout ce qu’il peut trouver, mais ne peut se procurer que les disques distribués en France.

                        Au début de 1940, il écrit à Hugues Panassié qui le met progressivement en relation avec ses propres fournisseurs, notamment le suisse Johnny SIMMEN et l’anglais Stanley DANCE. De plus en plus fou de jazz, il veut pratiquer cette musique et, comme Panassié, choisit la clarinette. Il apprend à en jouer avec deux copains dont l’un débute à la batterie et l’autre à la guitare. Cependant, il ne dépasse pas le niveau de débutant à la clarinette. De caractère indépendant, il prend ses distances avec sa famille après l’obtention d’un bac philo en octobre 1940. Il décide alors de devenir artiste peintre. C’est à cette époque qu’il rencontre sa future femme Paulette, qui elle aussi a un tempérament d’artiste. Elle aussi peint et produit des émaux en série pour gagner sa vie. En 1941, il rencontre Jean FOUQUET qui organise des conférences sur des sujets variés qui ont lieu au Théâtre Berlioz. Il lui propose de faire une série de conférences-auditions sur le jazz. Il accepte de faire quatre conférences. À la troisième, des incidents éclatent, certains agitateurs lui reprochant de faire l’apologie des Noirs. (On est sous le régime de l’État Français de Vichy). Une journaliste de Paris-Soir assiste à la soirée, et le lendemain son journal titre en première page : « On se bat pour ou contre le Jazz à Limoges ». Là-dessus, la dernière conférence est annulée. En juin 1941, avec Paulette, ils se rendent à bicyclette à Montauban pour rencontrer Hugues Panassié qui les reçoit chaleureusement. À la fin de l’été de cette année, il expose ses peintures dans une galerie de Marseille et y vend un certain nombre de ses tableaux, récoltant même des critiques élogieuses. À la fin de l’année, il est appelé aux « Chantiers de Jeunesse » et est affecté dans un camp dans l’Allier. Il y demeure jusqu’en mai 1942.

                        Devenu majeur, il épouse Paulette le 19 juin 1942, se remet à la peinture, expose encore et vend quelques œuvres. Il fera sa dernière exposition en 1943. Il est un jour convoqué pour partir au S.T.O. (Service du travail Obligatoire au service des Allemands). Il hésite alors à partir au maquis, mais Paulette étant enceinte de leur première fille, il a peur des représailles sur sa famille. Il décide donc de se présenter. Il est affecté à Soulac à la construction du « Mur de l’Atlantique ». C’est là qu’il retrouve Jean SAUMONDE, amateur de jazz et trompettiste qu’il avait rencontré avant la guerre. Ils regrettent bientôt cette incorporation et s’évadent séparément. À partir de juin 1943, Jean-Marie est obligé de se cacher. Au printemps de 1944, les Allemands et la Milice devenant un danger sérieux, Hugues Panassié lui propose alors de l’accueillir à Montauban pendant quelques semaines. Là il en profite pour approfondir ses connaissances sur le jazz. Limoges étant libéré en août 1944, il rejoint sa famille et se remet à peindre. Cependant, la passion du jazz est la plus forte. Hébergeant la batterie d’un copain, il s’amuse sur cet instrument qui lui plait de plus en plus. Il se rend alors à Paris et prend des leçons avec le batteur Jerry MENGO. Rentré chez lui, il s’amuse à accompagner des disques. Lors d’une autre visite à Jerry Mengo, celui-ci l’encourage à jouer en formation, et c’est ainsi qu’il accompagne, mort de peur, le clarinettiste Hubert ROSTAING. Il découvre plus tard que le pianiste de la formation n’était autre qu’Édouard Ruault, le futur Eddie BARCLAY avec lequel il correspondait sans le connaître. En 1948, sous l’impulsion d’Hugues Panassié, il décide avec un ami d’organiser un concert de jazz à Limoges avec l’orchestre du trompettiste Rex STEWART en tournée en France. Le succès est considérable. Dans la foulée, il crée le « Hot Club de Limoges » en février 1948. À la fin de ce mois a lieu à Nice le premier « Festival mondial de Jazz ». Il décide d’y aller, mais n’ayant pas les moyens financiers, il vend son vélo et celui de Paulette ainsi que deux fauteuils Directoire. Sur place, il ne se nourrit que de dattes, de pain et d’eau. C’est un enchantement. Revenu à Limoges, il s’occupe de son club et organise à chaque fois que ce sera possible des concerts. C’est ainsi, qu’à ce jour, le club limousin a organisé plus de quatre cents concerts et accueilli plus de mille musiciens dont la plupart des grands créateurs américains de cette musique.

                        Toujours en 1948, le chef d’un orchestre de danse Pierre GUYOT à la recherche d’un batteur, l’engage dans sa formation. C’est alors qu’il abandonne la peinture, tout en conservant son intérêt pour cette discipline, pour devenir musicien professionnel. L’orchestre de Pierre Guyot ayant une émission régulière à Radio Limoges, il obtient l’autorisation d’y faire une émission hebdomadaire sur le jazz à partir de juin 1948, émission qu’il animera jusqu’à sa retraite. À partir des années 1950s, la mode est aux bals divers et variés. (Il n’y a pas encore de discothèque). Jean-Marie obtient alors de son chef Pierre Guyot d’inclure, dans leurs prestations pour la danse, une partie consacrée au jazz avec un jazzman invité en vedette. L’orchestre comprend alors son vieux copain Jean Saumonde à la trompette ainsi qu’un très bon pianiste et un vibraphoniste. C’est ainsi qu’il a l’occasion d’accompagner le saxophoniste Don BYAS, le clarinettiste Albert NICHOLAS, les trompettistes Peanuts HOLLAND, Bill COLEMAN et Buck CLAYTON, le guitariste et chanteur Mickey BAKER, le vibraphoniste Geo DALY, les saxophonistes Guy LAFITTE,  Juice WILSON, Alix COMBELLE et Dominique CHANSON, le pianiste Claude BOLLING et d’autres encore. En dehors de cet orchestre, il aura même l’occasion d’accompagner le grand pianiste Earl HINES. En 1955, l’orchestre de Lionel HAMPTON se produit à Limoges, et Lionel l’invite à s’installer à la batterie pour accompagner deux morceaux avec le Big Band lors du concert. Il y fait un triomphe. La mode des bals étant passée au cours des années 1960s, il propose à la radio de Limoges, en plus de son émission hebdomadaire « Swing Time », de faire une émission publique le dimanche matin « Entrée Libre ». Il y accueille des artistes de variétés tels que NICOLETTA, RICET BARRIER ou Gilles VIGNEAULT, mais souvent aussi des vedettes de jazz qu’il accompagne avec son trio. C’est ainsi que participeront à ces émissions les trompettistes Bill COLEMAN et Rex STEWART, le tromboniste Claude GOUSSET, les saxophonistes Guy LAFITTE et Buddy TATE, le guitariste Mickey BAKER et d’autres. Vers la fin des années 1960s, il cesse son activité de musiciens professionnel et se consacre uniquement à la radio. Retraité, il crée en 1989 « JAZZ FM », une radio libre ne diffusant que du jazz authentique et où il continue d’animer des présentations de musiciens. Deux ans plus tard, les radios libres sont supprimées et il pense alors que l’aventure est terminée. Cependant le CSA autorise à émettre les associations qui présentent un dossier. Il est décontenancé, car toutes les démarches administratives ne sont pas sa tasse de thé. C’est alors que le vice-président du Hot Club, Claude-Alain CHRISTOPHE, lui propose de faire le nécessaire, et c’est ainsi que tous les deux créent la nouvelle radio indépendante « SWING FM 101.2 » qui est toujours la seule radio à émettre du jazz authentique 24h/24 et 365 jours par an, écoutable dans le monde entier grâce à internet. Jean-Marie est soulagé, il peut continuer à présenter des émissions régulières, ce qu’il fera jusqu’en 2014, peu avant sa mort qui survient le 17 octobre 2015.

 

D’après « Jazz à Limoges » de Claude-Alain CHRISTOPHE – Ed. L’Harmattan