Kenneth, Spearman «Kenny» «Klook» CLARKE

(Batteur et chef d’orchestre)


(avec le pianiste Edgar Hayse et le guitariste Andy Jackson)

Né à Pittsburgh (Pennsylvanie) le 9 janvier 1914

Décédé à Montreuil-sous-Bois, près de Paris (France) le 26 janvier 1985

Sa mère était pianiste. Il se souvient que durant son enfance elle jouait du piano à la maison et de l’orgue à l’église. Après que son père ait abandonné sa mère, celle-ci meurt lorsqu’il a six ans. Il est alors placé au «Coleman Industrial Home for Negro Boys» de 1919 à environ 1926. Là, un professeur de l’école primaire multi instrumentiste lui apprend le saxhorn, la trompette, le trombone, le vibraphone et le piano. Finalement il opte pour la batterie. Il quitte l’école à l’âge de quinze ans avec l’intention de devenir musicien.

Adolescent, il tourne dans un orchestre qui comprend le trompettiste Roy ELDRIDGE, puis travaille pendant quelques mois dans le «Jeter-Pillars Orchestra» à St. Louis. Il passe ensuite trois ans dans l’orchestre de Leroy BRADLEY au «Cotton Club» de Cincinnati (1932-35). Jusque-là il avait travaillé sous le nom de Kenny SPEARMAN, mais lorsqu’il se rend à New York à la fin de 1935 il abandonne son surnom et devient Kenny CLARKE. À New York il joue de la batterie et du vibraphone dans un trio avec son frère le contrebassiste Frank CLARKE. Il joue ensuite dans un orchestre dirigé par le saxophoniste Sam «Lonnie» SIMMONS, puis entre dans le big band du pianiste Edgar HAYES en mars 1937. Il tourne et enregistre avec cet orchestre en Europe de décembre 1937 à avril 1938. À la fin de 1938 il entre dans l’orchestre de Teddy HILL en même temps que le jeune trompettiste «Dizzy» GILLESPIE, puis l’année suivante passe huit mois dans l’orchestre du pianiste Claude HOPKINS. C’est à cette époque qu’il expérimente avec Gillespie de nouvelles conceptions rythmiques. C’est Teddy Hill qui lui donne le surnom de «Klook» en allusion à certaines accentuations rythmiques qui devenaient sa signature. Il joue ensuite avec Sidney BECHET au «Log Cabin» de New York de décembre 1939 à janvier 1940 et enregistre avec Bechet le mois suivant. Cette même année il enregistre avec les chanteuses Mildred BAILEY et Billie HOLIDAY et rejoint l’orchestre de Roy ELDRIDGE au «Kelly’s Stable», toujours à New York. Il devient ensuite le batteur maison de l’«Apollo Theatre», puis tourne avec le big band de Louis ARMSTRONG (été 1941). À l’automne il joue avec l’ex-orchestre de Chick Webb dirigé par Ella FITZGERALD.

Au cours de cette période il dirige l’orchestre maison du «Minton’s Playhouse» où, avec «Dizzy» GILLESPIE, le pianiste Thelonious MONK, le guitariste Charlie CHRISTIAN, le pianiste Bud POWELL et d’autres, au cours d’une série historique de jam sessions naît le style «Be Bop». De décembre 1941 à février 1942 il rejoint Gillespie dans le septette de Benny CARTER, puis travaille à Chicago et à Boston avec le trompettiste Henry «Red» ALLEN. Au milieu de 1943 il est enrôlé dans l’armée où il joue du trombone. Un an plus tard, stationné en Alabama il épouse la chanteuse Carmen McRAE dont il se sépare en 1948 et divorce en 1956. Absent sans permission, il est pris et envoyé en Europe où il reste de septembre 1944 à avril 1946. Rentré aux U.S.A. il se convertit à l’islam et prend le nom de Liaquat Ali Salaam pendant une brève période. À partir de mai 1946 il joue et enregistre avec de petites formations ainsi qu’avec le big band dirigés par «Dizzy» GILLESPIE.Il enregistre également avec son propre «52nd Street Boys» comprenant le trompettiste «Fats» NAVARRO et Bud POWELL (1946), puis avec le pianiste Tad DAMERON (1947).

Après une tournée en Europe avec GILLESPIE de janvier à mars 1948 il reste quelques mois à Paris où il joue, enregistre et enseigne la batterie. Il est engagé pour organiser le «Festival International de Jazz» de Paris. En août 1948 il rejoint Tad DAMERON au «Royal Roost» de New York, et à la fin de l’année enregistre plusieurs classiques du «Be Bop» pour Blue Note. Il reste avec Dameron jusqu’en avril 1949 et, dans le même temps, joue dans la formation du contrebassiste Oscar PETTIFORD (début 1949) ainsi que dans un trio avec Pettiford et le pianiste George SHEARING. En mai 1949 il revient à Paris pour le «Salon du Jazz» et donne un concert avec Charlie PARKER et Miles DAVIS à Zurich (Suisse). Il tourne ensuite en Belgique avec le pianiste Bernard PEIFFER et travaille à Paris avec le contrebassiste Pierre MICHELOT. Il joue aussi à Tunis comme leader d’un groupement qui comprend le saxophoniste James MOODY et la chanteuse Annie ROSS. En octobre 1949 il enregistre avec Sidney BECHET et tourne en Europe avec Pierre MICHELOT et James MOODY sous la direction du saxophoniste Coleman HAWKINS.

De retour aux U.S.A. en 1951 il tourne avec le chanteur Billy ECKSTINE et enregistre avec Charlie PARKER et avec le quartette du vibraphoniste Milt JACKSON (le futur «Modern Jazz Quartet»). Il joue dans ce groupe jusqu’en 1955, le quittant après une dispute avec le pianiste John LEWIS alors directeur du quartette. Au cours de ces années il a enregistré 130 albums. Au milieu de 1955 il rejoint l’orchestre d’Oscar PETTIFORD au «Café Bohemia». En mars 1956 il travaille avec le pianiste Phineas NEWBORN et Pettiford au «Basin Street West». Épuisé, il se rend fréquemment à Paris où il peut jouer dans un contexte plus calme. Après de brèves périodes avec l’orchestre de Jacques HÉLIAN et comme accompagnateur de la pianiste Hazel SCOTT, il devient le batteur maison du «Club Saint-Germain» à Paris où il travaille avec le pianiste Martial SOLAL et Pierre MICHELOT, et à partir d’octobre 1957 avec Bud POWELL qui remplace Solal. Il joue également pour des musiques de films: «Ascenseur pour l’échafaud» avec Miles Davis (1957) et «Un témoin dans la ville» (1959). On le voit, mais il ne joue pas, dans «Les liaisons dangereuses 1960» (1959), et il écrit la musique pour «On n’enterre pas le dimanche» (1959) et «La rivière du hibou» (1961). En janvier 1959 il quitte le Club Saint-Germain pour le «Blue Note» où il joue souvent avec le pianiste René URTREGER ou Bud POWELL et Michelot avec lesquels il accompagne des vedettes de passage comme les saxophonistes Lester YOUNG, Stan GETZ, Brew MOORE, Lucky THOMPSON et le tromboniste J.J. JOHNSON. Le Blue Note présente aussi un trio comprenant l’organiste Lou BENNETT et les guitaristes Jimmy GOURLEY ou René THOMAS. De 1961 à 1973 il dirige avec Francy BOLAND le «Clarke-Boland Octet» et le «Clarke-Boland Big Band». Les engagements des petites formations au «Blue Note» prennent fin à l’automne 1962 et, l’année suivante, il revient au «Club Saint-Germain» dans un quintette comprenant le saxophoniste Nathan DAVIS, René URTREGER (remplacé par Raymond FOL), Jimmy Gourley et le contrebassiste Michel GAUDRY. Ce groupe accompagne des vedettes de passage comme «Dizzy» GILLESPIE ou les saxophonistes Johnny GRIFFIN, Dexter GORDON et Sonny CRISS. Le quintette tourne aussi en Afrique du Nord, puis Clarke revient au «Blue Note» de novembre 1964 à novembre 1966. De 1966 à 1972 le «Clarke-Boland Big Band» tourne régulièrement. Dans le même temps, il forme un trio avec l’organiste Eddie LOUISS et Jimmy GOURLEY avec lequel il joue au «Ronnie Scott’s» de Londres (printemps 1968). À partir de 1967 il enseigne au «Conservatoire de Saint-Germain-en-Laye» et a sa propre école de batterie. À partir de 1972 il retourne occasionnellement aux U.S.A. et continue à jouer, enregistrer et enseigner en France jusqu’à sa mort qui survient à Montreuil-sous-Bois (banlieue parisienne où il résidait) le 26 janvier 1985.