Ferdinand Joseph «Jelly Roll» MORTON

(Pianiste, compositeur et chef d’orchestre)

Né à La Nouvelle-Orléans (Louisiane) le 20 octobre 1890

Décédé à Los Angeles (Californie) le 10 juillet 1941

Il est né Ferdinand Joseph LAMOTHE, fils d’Edward J. LAMOTHE, mais son certificat de baptême le surnomme LEMOTHE. Une variante incorrecte apparaît dans plusieurs livres: La MOTHE ou même La MENTHE (souvent trouvé aussi). Sa mère s’était remariée avec Willie MOUTON, nom qu’a pris «Jelly Roll» et que plus tard il a anglicisé en MORTON. D’autre part il se disait né en 1885, mais le certificat de baptême est formel pour 20 octobre 1890.

Il grandit à La Nouvelle-Orléans, jouant vers l’âge de sept ans de la guitare dans des orchestres à cordes. C’est à dix ans qu’il commence à apprendre le piano. En 1905 il travaille dans les bordels de Storyville, jouant des ragtimes, des quadrilles français et d’autres chansons et danses populaires, ainsi que quelques classiques. On ne sait rien de sa formation musicale, mais sa principale influence de jeunesse apparaît être celle du pianiste Tony JACKSON.

Vers 1907 il devient pianiste itinérant, travaillant souvent à Pensacola (Floride), Biloxi (Mississippi) et Mobile (Alabama). Il est apparemment aussi actif comme joueur et proxénète, mais la musique demeure sa principale activité.

Bien que basé à La Nouvelle-Orléans, il étend son rayon d’action jusqu’à St Louis, Chicago, Jacksonville (Floride) et Memphis, travaillant pendant de longues périodes dans des «Minstrels Shows», poussant jusqu’à New York où James P. JOHNSON l’entend jouer «Jelly Roll Blues» en 1911. Pendant un temps il est basé au Texas, puis se rend à Los Angeles où il arrive en 1917.Au cours de ces douze années de tournées, il fait une synthèse des différents styles de la musique noire: ragtime, blues vocal et instrumental, répertoire des minstrels, hymnes religieux et spirituals, ainsi que la musique d’origine espagnole des caraïbes, sans oublier les chansons populaires d’origine européenne. Tout cela donnant une musique qui commence a être appelée Jazz.

Il obtient quelques succès à Los Angeles où il demeure pendant cinq ans. En mai 1923 il se rend à Chicago, le nouveau centre d’activité du Jazz. Il y fait ses premiers disques dès le mois suivant: deux faces en sextette «Big Foot Ham» et «Muddy Water Blues» ainsi qu’une série de solos de piano.

En 1926-27 il enregistre avec les «Red Hot Peppers», orchestre de sept ou huit musiciens réunis pour fixer ses compositions. Pour cela il engage des collègues rompus au style Nouvelle-Orléans et familiers de sa musique. En 1928 il se rend à New York où il continue à enregistrer quelques faces comme «Kansas City Stomp» ou «Blue Blood Blues». Il demeure fidèle au cœur de l’esprit du vrai style Nouvelle-Orléans et n’a jamais été capable d’assimiler le nouveau style orchestral élaboré par Don REDMAN et Fletcher HENDERSON.

Au cours des années 1930s son style de pianiste et d’arrangeur est perçu comme vieux jeu. Cependant quelques unes de ses compositions continuent d’être jouées, telles que «Wolverine Blues», «Milenberg Joys» et plus spécialement «King Porter Stomp» qui demeurent au répertoire des orchestres tout au long des années 1930s. C’est notamment avec ce dernier titre, sur un arrangement de Fletcher HENDERSON que Benny GOODMAN obtient un grand succès en 1935, à l’origine de la «Swing era».

Au début des années 1930s il tombe dans l’oubli et s’installe à Washington D.C. où il dirige un club de jazz, jouant de façon intermittente. En 1938 Alan LOMAX, son futur biographe, enregistre une série d’interviews pour la «Library of Congress», publiée en disques en 1948 et rééditée en 1957. Dans cette histoire inestimable, «Jelly Roll» raconte les premiers temps de la Nouvelle-Orléans, recréant les divers styles du début du siècle, vocalement et au piano. Il enregistre une dernière fois en 1939-40 à la faveur du «New Orleans Revival».

Malade, il décède à Los Angeles le 10 juillet 1941.